La règle tient en une ligne.
Avant 3 ans, pas d'écran. Ni téléphone, ni tablette, ni télé, même allumée en fond dans la pièce. Ce n'est pas notre idée : c'est la règle officielle, écrite dans le carnet de santé depuis janvier 2025, et appliquée dans toutes les crèches depuis juillet 2025.
En savoir plus : la règle officielle, mot pour mot
Le carnet de santé remis à chaque naissance depuis janvier 2025 le dit à la page « Votre enfant et les écrans » : avant 3 ans, pas d'écran, et pas non plus dans une pièce où un écran est allumé, même s'il ne le regarde pas. Le ministère écrit que l'exposition aux écrans est « proscrite, y compris en bruit de fond ».
Depuis le 3 juillet 2025, il est interdit d'exposer un enfant de moins de 3 ans à un écran dans tous les lieux d'accueil : crèches, haltes-garderies, assistantes maternelles.
L'OMS (2019) va moins loin : déconseillé avant 2 ans, une heure au plus à 2 ans, « et moins, c'est mieux ». La France a choisi zéro. Nous aussi.
Le sommeil dont il a besoin, siestes comprises, sur 24 heures : 14 à 17 h les trois premiers mois, 12 à 16 h jusqu'à 1 an, 11 à 14 h de 1 à 2 ans, 10 à 13 h de 3 à 4 ans (OMS, 2019).
Pourquoi c'est si important à cet âge.
Avant 3 ans, tout se construit : le langage, le sommeil, l'attention. Ce que votre enfant vit maintenant pèse pour des années. C'est un âge vital.
En savoir plus : ce qui se passe dans sa tête
Dans les premières années, on estime que plus d'un million de connexions entre neurones se forment chaque seconde (Harvard Center on the Developing Child). C'est la période la plus active de toute la vie pour construire le cerveau. Et il se construit avec vous : votre voix, votre regard, vos mains, le jeu partagé.
Une petite étude a passé 47 enfants de 3 à 5 ans à l'IRM, une machine qui fait des images du cerveau (Hutton, 2020) : plus l'enfant utilisait les écrans, moins les circuits du langage étaient bien organisés. Cela ne prouve pas que l'écran en est la cause. Mais cela va dans le même sens que tout le reste.
Ce qu'un écran lui prend.
Chaque heure devant un écran est une heure sans regard, sans mots échangés, sans jeu, et le soir, un sommeil plus court. Un enfant de cet âge a besoin d'être actif : toucher, bouger, vous entendre. L'écran, lui, le fige.
En savoir plus : ce que disent les études
Plus un jeune enfant passe de temps devant un écran, plus son langage est faible : c'est ce que trouve une grande synthèse qui rassemble 42 études (Madigan, 2020).
Au Danemark, chez 31 125 tout-petits, le risque de difficultés de langage augmente dès une heure par jour de téléphone ou de tablette, et grandit avec la durée (Rayce, 2024).
Chaque heure d'écran par jour va de pair avec quelques minutes de sommeil en moins, d'après une synthèse de 21 études, du bébé à l'adulte (He, 2025). Chez des enfants de 3 à 4 ans, le coucher recule d'environ 13 minutes par heure d'écran.
La télé allumée à côté compte aussi.
Une télé en fond pendant les repas, c'est moins de mots échangés à table, et un langage plus faible des années plus tard.
En savoir plus : la télé en fond, le téléphone à côté
Une étude française a suivi 1 562 enfants pendant des années (Martinot, 2021) : ceux chez qui la télé était toujours allumée pendant les repas à 2 ans avaient, à 5-6 ans, environ 3 points de moins à un test de langage : un écart petit, mais mesuré sur des centaines d'enfants. Une autre étude française, sur 13 763 enfants, pointe le même moment : la télé pendant les repas (Yang, 2024). Et dans la synthèse de Madigan (2020), la télé allumée en fond est elle aussi liée à un langage plus faible, autant que le temps d'écran de l'enfant lui-même.
Les contenus « éducatifs » ne protègent pas.
Avant 3 ans, la règle reste zéro, quel que soit le contenu.
En savoir plus : pourquoi « éducatif » ne suffit pas
Avant 3 ans, un enfant apprend moins de mots par un écran qu'après 3 ans (Jing, 2023) : à cet âge, les mots entrent surtout par une personne en face de lui. Et une histoire est mieux comprise sur un livre en papier que sur un écran ; lue par vous, c'est encore mieux (Furenes, 2021).
Vous êtes fatigué, nous le savons.
En savoir plus : si vous avez craqué
Ce qui remplace l'écran, tout de suite.
Parler, chanter, nommer ce qu'on voit. Lire un livre en papier, tous les jours. Jouer par terre, sortir. La dernière heure avant le coucher sans aucun écran. Et pendant les repas, votre téléphone posé, écran vers le bas.
En savoir plus : ce qui a été testé
Retirer les écrans dans l'heure avant le coucher et les remplacer par une histoire ou un puzzle : ce geste a été testé pour de vrai, dans un premier essai sur 105 familles d'enfants de 16 à 30 mois (Pickard, 2024). Des nuits un peu meilleures, des résultats encourageants que les chercheurs veulent confirmer.
Lire souvent à son enfant va de pair avec un meilleur langage (Sundqvist, 2021), et réduit en partie l'effet des écrans sur sa compréhension des mots (Rayce, 2024).
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Les études et les sources citées
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Les études citées dans cette page 10
- Madigan et al. (2020) — Plus d'écran, langage plus faible ; la télé en fond compte aussi.JAMA Pediatrics · synthèse de 42 études, 18 905 enfants · DOI 10.1001/jamapediatrics.2020.0327
- Rayce et al. (2024) — Risque de difficultés de langage dès 1 h par jour de téléphone ou de tablette.BMC Public Health · 31 125 tout-petits danois · DOI 10.1186/s12889-024-18447-4
- Jing et al. (2023) — Avant 3 ans, un enfant apprend moins de mots par un écran qu'après.Child Development · synthèse d'études, 11 413 enfants · DOI 10.1111/cdev.13927
- Furenes et al. (2021) — Une histoire est mieux comprise sur papier, surtout lue par un adulte.Review of Educational Research · synthèse d'études, enfants de 1 à 8 ans · DOI 10.3102/0034654321998074
- Martinot et al. (2021) — Télé aux repas à 2 ans : environ 3 points de moins à un test de langage à 5-6 ans.Scientific Reports · 1 562 enfants suivis pendant des années (étude EDEN) · DOI 10.1038/s41598-021-90867-3
- Yang et al. (2024) — La télé pendant les repas compte, pas seulement la durée.Journal of Child Psychology and Psychiatry · 13 763 enfants suivis (étude ELFE) · DOI 10.1111/jcpp.13887
- He et al. (2025) — Quelques minutes de sommeil en moins par heure d'écran, coucher plus tardif.Frontiers in Psychiatry · synthèse de 21 études, du bébé à l'adulte · DOI 10.3389/fpsyt.2025.1640263
- Pickard et al. (2024) — Écrans retirés avant le coucher : des nuits un peu meilleures.JAMA Pediatrics · premier essai avec tirage au sort, 105 familles · DOI 10.1001/jamapediatrics.2024.3997
- Hutton et al. (2020) — Voies du langage moins organisées chez les enfants les plus exposés.JAMA Pediatrics · images du cerveau, 47 enfants de 3 à 5 ans · DOI 10.1001/jamapediatrics.2019.3869
- Harvard Center on the Developing Child — Plus d'un million de connexions par seconde dans les premières années.Page « Brain Architecture »
Les autres études de notre sélection 0-3 ans 10
- Sundqvist et al. (2021) — Growing Up in a Digital World – Digital Media and the Association With the Child's Language Development at Two Years of Age.Frontiers in Psychology · 92 familles · DOI 10.3389/fpsyg.2021.569920
- Slobodin et al. (2024) — Infant screen media and child development: A prospective community study.Infancy · 179 enfants avec un parent · DOI 10.1111/infa.12575
- Law et al. (2023) — Associations Between Infant Screen Use, Electroencephalography Markers, and Cognitive Outcomes.JAMA Pediatrics · activité électrique du cerveau, enfants suivis (étude GUSTO) · DOI 10.1001/jamapediatrics.2022.5674
- Huang et al. (2026) — Neurobehavioural links from infant screen time to anxiety.eBioMedicine · images du cerveau, enfants suivis plus de 10 ans · DOI 10.1016/j.ebiom.2025.106093
- Maeneja et al. (2025) — How Is the Digital Age Shaping Young Minds? A Rapid Systematic Review of Executive Functions in Children and Adolescents with Exposure to ICT.Children · synthèse d'études, 231 117 enfants · DOI 10.3390/children12050555
- Uzundağ et al. (2026) — Screen Media Exposure and Inhibitory Control: A Longitudinal Study From Infancy to Toddlerhood.Infancy · 75 nourrissons · DOI 10.1111/infa.70067
- Yang et al. (2024) — Association of screen use trajectories from early childhood with cognitive development in late childhood: The EDEN mother–child cohort.Computers in Human Behavior · enfants suivis jusqu'à 11-12 ans (étude EDEN) · DOI 10.1016/j.chb.2023.108042
- Poncet et al. (2024) — Associations between screen viewing at 2 and 3.5 years and drawing ability at 3.5 years among children from the French nationwide Elfe birth cohort.Scientific Reports · 7 577 enfants (étude ELFE) · DOI 10.1038/s41598-023-50767-0
- Zgambo et al. (2025) — Effect of Digital Safety Interventions on Parental Practices in Safeguarding Children's Digital Activities: Systematic Review and Meta-Analysis.JMIR Pediatrics and Parenting · interventions parents · DOI 10.2196/70745
- Li et al. (2025) — Digital citizenship education at the early childhood level: how is it implemented? A systematic review.International Journal of Child Care and Education Policy · citoyenneté numérique · DOI 10.1186/s40723-025-00153-2
Les sources officielles 4
- Carnet de santé 2025, page « Votre enfant et les écrans » — spécimen officiel (PDF)
- Ministère chargé des Solidarités — Écrans : des risques pour la santé physique et mentale des enfants · jeprotegemonenfant.gouv.fr
- Arrêté du 27 juin 2025 modifiant la charte nationale pour l'accueil du jeune enfant (interdiction des écrans avant 3 ans dans les lieux d'accueil) — Légifrance
- OMS (2019), lignes directrices sur l'activité physique, la sédentarité et le sommeil des enfants de moins de 5 ans — who.int
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