La règle tient en une ligne.
De 3 à 6 ans, les écrans sont déconseillés : le moins possible, et toujours avec un adulte à côté. C'est la règle du carnet de santé 2025. Cinq sociétés de médecins, dont les pédiatres, vont plus loin et demandent zéro. Nous vous expliquons pourquoi le moins possible, et pourquoi jamais seul.
En savoir plus : ce que disent les textes officiels
Le 29 avril 2025, cinq sociétés savantes — pédiatrie, santé publique, psychiatrie de l'enfant, ophtalmologie, santé et environnement — ont signé une tribune en trois mots : « Pas d'écran avant 6 ans ». Elles écrivent que « ni la technologie de l'écran ni ses contenus, y compris ceux prétendument “éducatifs”, ne sont adaptés » à un jeune cerveau, et qu'« en 2025, le doute n'est plus permis ».
Le carnet de santé remis à chaque naissance depuis janvier 2025 dit, pour les 3-6 ans : « occasionnel, limité à des contenus à qualité éducative et accompagné par un adulte ».
La commission « Enfants et écrans » (avril 2024) propose « de déconseiller leur usage jusqu'à l'âge de 6 ans, ou tout au moins qu'il soit fortement limité, occasionnel, avec des contenus à qualité éducative, et accompagné par un adulte ».
L'OMS (2019), pour les 3-4 ans : une heure au plus par jour, « et moins, c'est mieux » ; 10 à 13 heures de sommeil sur 24 heures, sieste comprise ; au moins trois heures de jeu actif. La France est allée plus loin que l'OMS : occasionnel, et accompagné. C'est la règle que nous suivons.
Les repères ont durci avec le temps : en 2019, le Haut Conseil de la santé publique admettait encore un usage accompagné après 3 ans. Depuis, la commission de 2024 et les sociétés savantes de 2025 disent : rien avant 6 ans.
Pourquoi cet âge compte autant.
Entre 3 et 6 ans se construisent le langage, les premières briques de la lecture, l'attention, le jeu avec les autres, l'imaginaire. Tout ce qu'il vit maintenant lui servira à l'école, et bien après.
En savoir plus : ce qui se passe dans sa tête
Entre 3 et 6 ans, le cerveau de votre enfant compte deux à trois fois plus de connexions qu'un cerveau adulte : il en fabrique en surplus, puis garde celles qui servent (Petanjek, 2011). Ce qu'il fait tous les jours décide de ce qui reste.
Une petite étude a passé 47 enfants de 3 à 5 ans à l'IRM, une machine qui fait des images du cerveau (Hutton, 2020) : plus l'enfant utilisait les écrans, moins les circuits du langage étaient bien organisés. Cela ne prouve pas que l'écran en est la cause. Mais cela va dans le même sens que tout le reste.
Ce qu'un écran lui prend.
Des mots, du jeu, du mouvement, du sommeil. Et il fatigue ses yeux : le risque de myopie monte avec chaque heure passée devant un écran chaque jour.
En savoir plus : le langage, le sommeil, les yeux, l'attention
Le langage. Plus un jeune enfant passe de temps devant un écran, plus son langage est faible : c'est ce que trouve une grande synthèse qui rassemble 42 études (Madigan, 2020).
Le sommeil. Chaque heure d'écran par jour, c'est quelques minutes de sommeil en moins ; et chez des enfants de 3 à 4 ans, une étude a mesuré un coucher repoussé de treize minutes par heure d'écran (He, 2025).
Les yeux. Chaque heure d'écran par jour augmente d'environ 21 % le risque de myopie ; à quatre heures par jour, il est presque doublé : c'est le résultat d'une synthèse de 45 études (Ha, 2025). La myopie se déclare surtout après 6 ans, mais elle se prépare maintenant.
L'attention. Plus de deux heures d'écran par jour, c'est un risque de trouble de l'attention environ une fois et demie plus élevé, d'après une synthèse de 9 études (Liu, 2024).
Si vous lui montrez quelque chose.
En savoir plus : pourquoi « avec vous » change tout
Le carnet de santé le dit : « toujours accompagné par un adulte ». La raison est simple : ce qui construit son langage, c'est l'échange — vos mots, vos questions, votre regard. Une télé qui tourne coupe cet échange, même quand l'enfant ne la regarde presque pas (Kirkorian, 2009). Et une histoire est mieux comprise sur un livre en papier que sur un écran, surtout quand un adulte la lit (Furenes, 2021).
Les quatre « jamais ».
Jamais le matin avant l'école. Jamais dans la chambre. Jamais dans l'heure avant le coucher. Jamais pendant les repas : une télé allumée à table, c'est moins de mots échangés, et un langage plus faible des années plus tard. Votre téléphone à table compte aussi.
En savoir plus : d'où viennent ces règles, la télé en fond, votre téléphone
D'où viennent ces quatre règles. Le Haut Conseil de la santé publique (2019) : « la présence d'écran(s) dans la chambre est à interdire », « aucun écran ne doit être allumé et/ou utilisé 1 h avant l'endormissement », « aucun écran ne doit être allumé dans la pièce durant le temps des repas ». La commission de 2024 y ajoute le matin : « pas d'écran avant d'aller à l'école ».
La télé en fond. Une étude française a suivi 1 562 enfants pendant des années (Martinot, 2021) : ceux chez qui la télé était toujours allumée pendant les repas à 2 ans avaient, à 5-6 ans, environ 3 points de moins à un test de langage : un écart petit, mais mesuré sur des centaines d'enfants. Dans la synthèse de Madigan (2020), la télé allumée en fond est elle aussi liée à un langage plus faible. Deux expériences le montrent en direct : une télé allumée dans la pièce raccourcit le jeu de l'enfant (Schmidt, 2008) et réduit les échanges entre le parent et l'enfant (Kirkorian, 2009), même quand personne ne la regarde vraiment. La commission de 2024 écrit qu'elle « altère le développement du langage et des capacités socio-relationnelles ».
Votre téléphone. Chez 183 couples avec un enfant de 0 à 5 ans, plus le téléphone du parent coupait les moments avec l'enfant, plus l'enfant avait de comportements difficiles ensuite (McDaniel, 2018). La commission de 2024 appelle à « une grande vigilance, a minima jusqu'aux 4 ans de l'enfant », surtout « aux moments clés de la relation (repas, soins, jeux…) ».
Les applis et les dessins animés.
Beaucoup d'applis sont faites pour qu'on ne s'arrête jamais : l'épisode suivant démarre tout seul, les récompenses pleuvent. À 3, 4, 5 ans, se freiner tout seul s'apprend encore : face à ces écrans, il ne peut pas gagner.
En savoir plus : faites pour ne pas s'arrêter
Chez 160 enfants de 3 à 5 ans, les applis les plus utilisées contenaient souvent des astuces conçues pour prolonger le jeu ou pousser à l'achat : personnages qui supplient, pression du temps, récompenses (Radesky, 2022). Face à ces applis, les enfants qui se freinent encore mal mettent plus longtemps à s'arrêter et ont besoin de plus d'aide de l'adulte (Mallawaarachchi, 2025). La règle 3-6-9-12 relayée par la commission de 2024 : pas de console de jeu portable avant 6 ans.
Vous êtes fatigué, nous le savons.
En savoir plus : l'écran pour calmer, et si vous avez craqué
Chez 422 enfants de 3 à 5 ans suivis six mois, plus les parents utilisaient l'écran pour calmer une colère, plus les enfants réagissaient fort ensuite, surtout les garçons et les enfants au tempérament vif (Radesky, 2023). L'écran éteint la crise sur le moment ; il n'apprend pas à la traverser.
Ce qui remplace l'écran, tout de suite.
Deux heures dehors par jour, école et trajets compris : c'est ce qui protège le mieux ses yeux. Jouer, dessiner, construire. Des livres en papier. Parler à table. Besoin de souffler ? La PMI, votre médecin, votre entourage. Et nos ateliers gratuits : on en parle ensemble.
En savoir plus : deux heures dehors, et où trouver de l'aide
Deux heures dehors. La commission de 2024 demande « au minimum 2 heures par jour » en extérieur contre la myopie, école comprise. À Guangzhou, 40 minutes de plein air en plus chaque jour d'école ont fait passer la myopie à 3 ans de 39,5 % à 30,4 % chez des enfants de 6 ans (He, 2015). Dans les études qui l'ont testé, le temps dehors divise presque par deux l'apparition de la myopie (Xiong, 2017).
Le reste. Jouer, dessiner, construire, courir : c'est le jeu actif que l'OMS recommande au moins trois heures par jour à 3-4 ans. Des livres en papier, lus avec vous (Furenes, 2021). Et parler à table, tous les soirs.
Où trouver de l'aide. Les repères officiels par âge sont dans le carnet de santé et sur jeprotegemonenfant.gouv.fr. Une inquiétude sur le langage, le sommeil ou le comportement de votre enfant ? Votre médecin, la PMI. Nos ateliers gratuits : on en parle ensemble.
Et chez vous, ça donne quoi ?
Déplacez le curseur. Pas pour vous noter : pour voir ce qu'il reste à ramener à zéro.
Vos repères, en un coup d'œil
Cochez ce qui est déjà là chez vous.
Les études et les sources citées
Une ligne par étude. Toutes sont dans notre base de données. Cliquez pour déplier.
Les études citées dans cette page 17
- Madigan et al. (2020) — Plus d'écran, langage plus faible ; la télé en fond compte aussi.JAMA Pediatrics · synthèse de 42 études, 18 905 enfants · DOI 10.1001/jamapediatrics.2020.0327
- Hutton et al. (2020) — Circuits du langage moins organisés chez les enfants les plus exposés (lien observé, cause non prouvée).JAMA Pediatrics · images du cerveau, 47 enfants de 3 à 5 ans · DOI 10.1001/jamapediatrics.2019.3869
- He et al. (2025) — Quelques minutes de sommeil en moins par heure d'écran ; coucher repoussé chez des 3-4 ans.Frontiers in Psychiatry · synthèse de 21 études, du bébé à l'adulte · DOI 10.3389/fpsyt.2025.1640263
- Ha et al. (2025) — Myopie : +21 % de risque par heure d'écran quotidienne, presque doublé à 4 heures.JAMA Network Open · synthèse de 45 études, 335 524 participants · DOI 10.1001/jamanetworkopen.2024.60026
- Liu et al. (2024) — Plus de 2 h d'écran par jour : risque de trouble de l'attention environ 1,5 fois plus élevé.Reviews on Environmental Health · synthèse de 9 études, 81 234 enfants · DOI 10.1515/reveh-2022-0262
- Martinot et al. (2021) — Télé toujours allumée aux repas à 2 ans : environ 3 points de moins à un test de langage à 5-6 ans.Scientific Reports · 1 562 enfants suivis pendant des années (étude EDEN) · DOI 10.1038/s41598-021-90867-3
- Yang et al. (2024) — La télé pendant les repas compte, pas seulement la durée.Journal of Child Psychology and Psychiatry · 13 763 enfants suivis (étude ELFE) · DOI 10.1111/jcpp.13887
- Furenes et al. (2021) — Une histoire est mieux comprise sur papier, surtout lue par un adulte.Review of Educational Research · synthèse d'études, enfants de 1 à 8 ans · DOI 10.3102/0034654321998074
- Schmidt et al. (2008) — Une télé allumée en fond raccourcit le jeu de l'enfant, même s'il la regarde à peine.Child Development · expérience, 50 enfants de 1 à 3 ans · DOI 10.1111/j.1467-8624.2008.01180.x
- Kirkorian et al. (2009) — Une télé allumée en fond réduit les échanges entre le parent et l'enfant.Child Development · expérience, 51 enfants de 1 à 3 ans · DOI 10.1111/j.1467-8624.2009.01337.x
- McDaniel & Radesky (2018) — Le téléphone du parent qui coupe les moments avec l'enfant va de pair avec plus de comportements difficiles.Pediatric Research · 183 couples, enfant de 0 à 5 ans, suivi 6 mois · DOI 10.1038/s41390-018-0052-6
- Radesky et al. (2022) — Les applis utilisées par des enfants de 3 à 5 ans contiennent souvent des astuces pour prolonger le jeu ou pousser à l'achat.JAMA Network Open · 160 enfants de 3 à 5 ans · DOI 10.1001/jamanetworkopen.2022.17641
- Radesky et al. (2023) — L'écran utilisé pour calmer : plus de réactivité émotionnelle ensuite, surtout chez les garçons et les tempéraments vifs.JAMA Pediatrics · 422 enfants de 3 à 5 ans, suivi 6 mois · DOI 10.1001/jamapediatrics.2022.4793
- Mallawaarachchi et al. (2025) — Face aux applis au design persuasif, les enfants qui se régulent mal mettent plus longtemps à s'arrêter.Human Behavior and Emerging Technologies · essai, 73 enfants de 3 à 5 ans · DOI 10.1155/hbe2/8187768
- He et al. (2015) — 40 minutes de plein air en plus chaque jour d'école : moins de myopie trois ans plus tard.JAMA · essai avec tirage au sort entre écoles, 1 903 enfants de 6 ans, Guangzhou · DOI 10.1001/jama.2015.10803
- Xiong et al. (2017) — Le temps dehors divise presque par deux l'apparition de la myopie dans les essais.Acta Ophthalmologica · synthèse de 25 études · DOI 10.1111/aos.13403
- Petanjek et al. (2011) — Dans l'enfance, deux à trois fois plus de connexions qu'à l'âge adulte ; le cerveau garde ensuite celles qui servent.PNAS · cortex préfrontal humain, du nouveau-né à 91 ans · DOI 10.1073/pnas.1105108108
Les autres études de notre sélection 3-6 ans 9
- Hutton et al. (2022) — Associations between digital media use and brain surface structural measures in preschool-aged children.Scientific Reports · images du cerveau, 52 enfants de 3 à 5 ans (le même groupe d'enfants que Hutton 2020) · DOI 10.1038/s41598-022-20922-0
- Nivins et al. (2024) — Long-term impact of digital media on brain development in children.Scientific Reports · enfants suivis de 10 à 14 ans (étude ABCD) · DOI 10.1038/s41598-024-63566-y
- Huang et al. (2025) — Neurobehavioural links from infant screen time to anxiety.eBioMedicine · 168 enfants suivis (étude GUSTO) : écrans à 1-2 ans, images du cerveau de 4 ans et demi à 7 ans et demi, anxiété à 13 ans · DOI 10.1016/j.ebiom.2025.106093
- Maeneja et al. (2025) — How Is the Digital Age Shaping Young Minds? A Rapid Systematic Review of Executive Functions in Children and Adolescents with Exposure to ICT.Children · synthèse d'études, 231 117 enfants · DOI 10.3390/children12050555
- Chen & Shi (2019) — Reducing Harm From Media: A Meta-Analysis of Parental Mediation.Journalism & Mass Communication Quarterly · synthèse d'études, 74 159 participants · DOI 10.1177/1077699018754908
- Yang et al. (2024) — Association of screen use trajectories from early childhood with cognitive development in late childhood: The EDEN mother–child cohort.Computers in Human Behavior · EDEN, suivi 11-12 ans · DOI 10.1016/j.chb.2023.108042
- Poncet et al. (2024) — Associations between screen viewing at 2 and 3.5 years and drawing ability at 3.5 years among children from the French nationwide Elfe birth cohort.Scientific Reports · ELFE, 7 577 enfants · DOI 10.1038/s41598-023-50767-0
- Zgambo et al. (2025) — Effect of Digital Safety Interventions on Parental Practices in Safeguarding Children's Digital Activities: Systematic Review and Meta-Analysis.JMIR Pediatrics and Parenting · interventions parents · DOI 10.2196/70745
- Li et al. (2025) — Digital citizenship education at the early childhood level: how is it implemented? A systematic review.International Journal of Child Care and Education Policy · citoyenneté numérique · DOI 10.1186/s40723-025-00153-2
Les sources officielles 5
- Tribune « Pas d'écran avant 6 ans » des cinq sociétés savantes (pédiatrie, santé publique, psychiatrie de l'enfant, ophtalmologie, santé et environnement), 29 avril 2025 — article franceinfo
- Carnet de santé 2025 et repères par âge — jeprotegemonenfant.gouv.fr · solidarites.gouv.fr
- Commission « Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu », rapport remis au président de la République, avril 2024 — vie-publique.fr (PDF)
- Haut Conseil de la santé publique, avis du 12 décembre 2019 sur l'exposition des enfants et des jeunes aux écrans — hcsp.fr (PDF)
- OMS (2019), lignes directrices sur l'activité physique, la sédentarité et le sommeil des enfants de moins de 5 ans — who.int
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